samedi 11 février 2012

Les dix commandements de l'homme politique dans La Vie

Voici l'article publié dans La Vie par Olivia Elkaïm il y a quelques semaines. J'y suis interviewé avec Marc Laffineur, Valérie Fourneyron et Etienne Pinte. Les photos sont de Didier Goupy.

 

vendredi 10 février 2012

Avec le Front de gauche à Tarbes

Avec Hervé Buffat, secrétaire départemental du PCF65,
Christian Picquet (GU), Jacques Généreux (PG) et
Marie-Pierre Vieu pour le meeting tarbais du Front de gauche.
Photo Laurent Dard pour La Dépêche du Midi.

Marseille n'est pas son terrain de jeux

Nicolas Sarkozy continue de considérer Marseille comme son terrain de jeux. Il croit pouvoir trouver ici un soutien qui lui fait majoritairement défaut dans le pays et il se trompe. Marseille aussi en a plus qu’assez de sa politique de soumission aux désirs des marchés, de ses provocations de presque-candidat contre les chômeurs et les étrangers, de sa sinistres compétition avec Marine Le Pen, de ses coups de menton sans résultats pour le peuple mais sonnants et trébuchants pour ses amis. Nous l’attendons avec la liste des dossiers dont l’Etat refuse de s’occuper pour ne pas froisser ses petits amis : Fralib, LyondellBasell, RioTinto, Arkema, SNCM-CNM, NextiraOne, situation des centres mutualistes, crise du logement...
Même en cherchant bien, il n’existe pas une seule bonne raison de voter Nicolas Sarkozy lorsque l’on est un salarié, un chômeur ou un retraité marseillais. Et si nous avions perdu la mémoire du matraquage dont nous avons été victimes ces cinq dernières années, les mesures qu’il veut faire passer en force avant l’élection et le programme insultant qu’il annonce viennent nous rappeler la nature de son projet de civilisation. Une civilisation ou l’humain n’est qu’une marchandise.

Maurice Gouiran : "un troisième opus remarquable"


Maurice Gouiran éminent écrivain de polars et non moins éminent rovenain a lu "Michel Vaxès, portrait d'un citoyen en député du peuple", et voici son verdict. Il m'honore.

Après un polar social, « Quelque chose dans le ventre », en 2009, et « Le vol d’épistoles», une œuvre forte et originale qui alliait musique et littérature, en 2010, Pierre Dharreville vient de publier « Michel Vaxes, portrait d’un citoyen en député du peuple » aux éditions Arcane 17.
Le conseiller municipal du Rove (qui est aussi secrétaire départemental du Parti communiste dans les Bouches-du-Rhône) a tracé, le long de 130 pages, le portrait d’un homme discret, affable, disponible, exigeant, fidèle et efficace, qui a toujours su prendre ses responsabilités en tant qu’élu et que citoyen.
L’écriture de Pierre Dharreville est toujours aussi précise et poétique. L'auteur est un véritable écrivain qui va conserver tout au long des pages, comme un fil rouge, des références à la peinture (on parle bien de portrait plutôt que de biographie) et à Gustave Courbet en particulier. En lisant cet ouvrage, on imagine les silhouettes contrastées de Pierre Dharreville et de Michel Vaxes cheminer le long du cours Landrivon ou du canal. Un remake du « promeneur du champ-de-mars », en version "Sud" en quelque sorte…
Pierre Dharreville a choisi de raconter Michel Vaxes, un homme discret qui fuit la lumière des projecteurs, un choix qu’il justifie en avant-propos: « Voici un homme, un humain dans sa trajectoire, son aventure, son épaisseur. Un citoyen qu’on a vêtu en député du peuple. Voici un homme en son mystère, qu’on a pas cherché à percer, mais plutôt à restituer ». Au fil de pages, le portrait s’affirme, l’homme est attachant, altruiste, profondément honnête. A une époque où les élus se bousculent pour apparaître quelques minutes dans les talk-shows télévisés, Michel Vaxes marque sa différence : « Le discours et les actes, comme une obsession éthique, dans un monde où la parole se déprécie à chaque minute d’antenne »souligne Dharreville.
Démocrate, fraternel, disponible, le député sait prendre de la hauteur face aux évènements dramatiques : « Ne pas raisonner sous le coup de l’émotion. Entendre la souffrance, les questions posées. Mais ne pas faire la loi pour un seul ». Le député-maire connaît la valeur des mots, ses interventions sont marquées au signe de la qualité littéraire et il prend soudain une dimension universelle lorsqu’il clame à l’assemblée « L’Afrique n’est pas victime de sa pauvreté mais de ses richesses » ou qu’il propose la suppression du mot « race »de la législation (en mars 2003).
Son bilan est éloquent impressionnant même lorsque Pierre Dharreville le traduit en chiffres : plus de 1500 interventions, plusieurs centaines de prises de parole à l’assemblée, plus de 150 propositions de loi… Pourtant l’homme reste modeste et disponible. A un moment où certains restent accrochés à leur fauteuil comme les naufragés au radeau de la Méduse, il sait déléguer, et même se retirer lorsqu’il cède son fauteuil de maire à Patricia Fernandez, sa place au Conseil Général à Evelyne Santoru ou la candidature aux Législatives à venir à Gaby Charroux, alors que rien ne l’y obligeait.
Quand on lit ce portrait de Michel Vaxes et qu’on connaît son biographe, on est frappé par la ressemblance entre les deux hommes. Pierre Dharreville qui se définit volontiers comme « citoyen du monde, écrivain, compositeur, militant, fils, père, frère… » possède les mêmes qualités d’écoute, d’exigence, de disponibilité, de fidélité, d’efficacité que son modèle. Dans la postface, Michel Vaxes souligne d’ailleurs leur « identité de vue sur toutes les questions essentielles. Comme la reconnaissance d’une part de soi dans ce que l’on découvre de l’autre ».
Le bilan, les idées, la détermination de Michel Vaxes renforcent sans doute les motifs de l’engagement de l'auteur. On retrouve (un peu, beaucoup?) de Pierre dans le portrait de Michel.
Cette lecture est enthousiasmante et porte des raisons d'espérer. Car les 130 pages de cet ouvrage sont plus qu’une biographie ou qu’un portrait d’un « citoyen vêtu en député », elles constituent un guide des bonnes pratiques en politique. Le troisième opus du conseiller municipal du Rove est à lire et à méditer. Par les simples électeurs que nous sommes, mais aussi par les hommes politiques qui affichent des ambitions pour une année 2012 riche en élections.

jeudi 9 février 2012

Contresens

Dans le contexte politique du moment, où l'islamophobie continue de s'immiscer jusqu'au plus haut niveau de l'Etat, la proposition de loi en cours de discussion au Parlement concernant les nounous portant le voile est un très mauvais signal. Un contresens. Indiquer aux individus de quelle façon ils doivent se vêtir pour être acceptables est une curieuse conception de la République et une façon non pas de combattre l'islamisme qui en sortira une fois de plus renforcé mais d'ajouter de la discrimination. C'est à force de réactions de ce type que l'on a fait du voile un symbole religieux qu'il ne devrait pas être. Et cela n'a jamais donné les résultats escomptés pour le respect des femmes et de leur corps.
Nous regrettons qu'une telle proposition de loi puisse avancer sous les applaudissements de celles et ceux qui assimilent l'Islam à l'immigration, à l'insécurité et maintenant à la barbarie pour essayer de contenter le Front national. En cette période électorale qui peut bien avoir intérêt à faire grandir cette polémique ? Le combat contre le fondamentalisme religieux, qui est aussi celui de nombreux croyants, y compris musulmans, ne peut pas passer par l'oukase et l'interdit. Il doit passer par la conviction et la conscience. Ainsi, le combat contre le port du voile, doit prendre d'autres chemins et ne pas prendre pour cibles les femmes elles-mêmes. En jouant ainsi en apparence -et en apparence seulement- à "plus républicain que moi tu meurs", on est en train de s'éloigner à grands pas de la République des égaux.

Angoulême à l'heure d'Art Spiegelman

Voici l'article que j'ai écrit pour l'Humanité à l'occasion de l'ouverture du 39ème festival de la Bande dessinée d’Angoulême, sous la Présidence de l’américain Art Spiegelman, monument du neuvième art.

« La bande dessinée est plus que jamais un mode d’expression à part entière pour un artiste. » C’était le 6 décembre dernier, lors de la conférence de presse de présentation du Festival. Art Spiegelman était interrogé par le Président de Radio-France, Jean-Luc Hees. C’est donc lui qui présidera aux destinées de l’évènement, avec un certain appétit, car pour lui, « Angoulême est devenue la capitale mondiale de bande dessinée, en dehors peut-être de Tokyo ». L’homme s’est fait connaître par Maus, son chef d’œuvre, qui lui a même valu le prix Pulitzer en 1992. Comment ne pas remarquer cette œuvre singulière, tant sur le plan graphique que pour l’ambition de son propos ? Maus est une souris parmi les souris. Et parmi les chats. Si l’on veut résumer grossièrement les choses. Car c’était comme des souris que les nazis considéraient les juifs. Maus est un voyage en famille au cœur de l’horreur. En famille, père et fils. Le père, celui d’Art Spiegelman, rescapé des camps, et dont le fils ne supporte pas les manières de penser, au premier rang desquelles les relents racistes… Comment sort-on d’une telle épreuve, comment en est-on transformé ? Et comment peut-on vivre avec cet héritage, qu’en faire ? Le trait austère et la représentation des personnages sous forme d’animaux mettent le sujet à distance. Et l’on y pénètre cependant, happé par ce regard d’enfant sur un monde dont on ne saurait dire s’il est adulte, mais dont on peut dire à coup sûr qu’il est loin de l’enchantement et des émerveillements de l’enfance. C’est ce décalage subtil qui donne toute sa force au récit. L’œuvre est étudiée par les élèves du monde entier.
Mais Art Spiegelman, c’est aussi le génie de l’illustration. Il a d’abord sévi au New Yorker, produisant jusqu’à des couvertures entières, marquant par leur composition audacieuse. Sa une du journal au lendemain du drame du 11 septembre a fait le tour de la planète. Il a cependant fini par quitter l’organe de presse après plusieurs refus de ses propositions par la direction en critiquant vertement les médias américains, « timides et conservateurs ». A l’ombre des tours mortes, une dizaine de planches dans le plus pur style qui est le sien, refusées par la presse américaine furent publie un peu partout en Europe, et éditées. 
Art Spiegelman a toujours porté sur son pays un regard acéré. Lors de la conférence de presse de présentation du Festival, il déclarait : « C’est intéressant de voir ce que refusent et acceptent les Américains, et je dois dire que je me sens très proche de l’Europe, même si j’ai la désagréable impression que la France, par exemple, suit de près les Etats-Unis : le système de sécurité sociale se dégrade, les libertés individuelles sont restreintes : je ne peux même plus fumer où je veux en France ! »
Venant à Angoulême, il apporte aussi dans ses bagages sa foi en le livre, car jamais les possibilités techniques de les faire somptueux n’ont été aussi étendues. Et la bande dessinée, dans ce monde en crise et destructuré peut selon lui prendre force. L’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication est en train d’ouvrir de nouveaux champs pour la relation à l’image et au texte. « Les choses ont complètement changé, explique-t-il. Je me sens désorienté, bousculé dans ce monde, mais dans le bon sens du terme. Tout s’effondre, les économies, les cultures, et on a l’impression que tout se transforme en un ensemble, un agrégat un peu absurde, et finalement c’est un peu ce qu’a toujours été la bande dessinée. Dans cette culture post-moderne, le mélange du texte et de l’image est de plus en plus présent et naturel, de plus en plus structurant, alors que c’était presque tabou lorsque j’étais jeune. » 
Souvent présenté comme le représentant d’une contre-culture, grandi dans les milieux underground, il incarne en effet –c’est peu de le dire- une toute autre bande dessinée que celle des super-héros. Lorsqu’on lui demande pourquoi la bande dessinée est un art si populaire, il s’enflamme : « La bande dessinée, ce sont de petits éclats de paroles. La parole permet de dire, d’écrire ce qui se passe dans notre cerveau, alors même que les mots sont encore au stade de l’inarticulé. Ce sont les principes fondamentaux de la bande dessinée, celle-ci permet de décoder la pensée, et c’est pour ça qu’elle est si populaire dans des cultures, dans des contextes si différents. Je crois que, comme on a des flashs d’images, on voit de petites cases qui nous rassurent, qui ordonnent, qui donnent un sens à ce qui se passe dans notre esprit. La bande dessinée est donc un média extrêmement puissant. »
A Angoulême, parmi les multiples manifestations autour de cet art populaire par excellence, on pourra visiter son « musée privé de l’histoire et de l’accomplissement de la bande dessinée ». 
Pierre Dharréville

La grand-mère et la petite-fille

Et voici une deuxième chronique.

Dounia a été une petite fille avant d'être une vieille dame. Mais elle aurait pu ne jamais le devenir. Comme petite fille, elle aimait bien Isaac, un copain d'école qu'elle n'a jamais revu. C'était une époque étrange. Son père était rentré un soir, avait réuni la maisonnée pour leur dire : "Ce matin, j'ai assisté à une grande réunion. Des personnes ont proposé que nous devenions une famille de shériffs. Bon, j'aurais aimé vous en parler avant de prendre une décision mais je devais donner la réponse tout de suite. Alors j'ai dit oui." Et la vie s'est mise à changer. La vie de shériff ne ressemblait pas vraiment à l'idée qu'on pouvait s'en faire. "En plus, les shériffs, ça ne vit pas en France..."
Il y a aujourd’hui une petite fille assise sur les genoux de Dounia. Sa petite fille, qui s'appelle Elsa. Elle s'emporte : "ton papa, c'était un menteur !". Alors il faut que Dounia explique ces choses que l’on ne sait pas vraiment expliquer aux petits enfants. La rafle dans son immeuble, la cachette dans une armoire, les sanglots, les voisins, la fuite, l’attente... L’histoire d’une petite fille juive échappant à l’acharnement des nazis. Le récit et le dessin se font accessibles, sensibles. Dans le propos, il y a une sorte de gravité tout en retenue. Les auteurs ont trouvé le ton juste pour raconter cette histoire. Qui est aussi celle des difficultés de la transmission.

L’enfant cachée par Marc Lizano, Loïc Dauvillier et Greg Salsedo, Le Lombard.

La bande dessinée se boit aussi

Voici une chronique de ma main parue dans l'Humanité à l'occasion d'Angoulême.

Le vin et la littérature... Une longue histoire que poursuit aujourd’hui Etienne Davodeau avec sa nouvelle cuvée. L’idée ? L’auteur et le viticulteur, s’épaulent à tour de rôle dans leurs métiers respectifs une année durant et cherchent les passerelles qui pourraient exister. C’est l’Anjou natal de l’auteur qui constitue le théâtre d’une belle rencontre entre deux hommes, deux vivants, avec leur sensibilité et leur goût de la partager. L’occasion de parler du monde et de l’humanité. « Faire du bon vin, c’est aussi une question d’éthique ? » demande Davodeau. « Evidemment », répond Richard Leroy, qui fait du bio en refusant d’en faire du marketing. Rencontre avec un auteur, puis avec un viticulteur, virée chez l’éditeur parisien, puis chez un confrère du jura, lecture d’une bande dessinée, et dégustation d’un flacon de derrière les fagots. Il a fallu bien du travail, mais à découvrir la liste  des vins et des bandes dessinées qu’ils se sont mutuellement prescrits, on suppose qu’ils ont aussi pris du bon temps. Et se sont livrés à d’interminables discussions passionnées. Du style : « Toi qui passes ton temps à râler contre les vins qui font tout pour ressembler à ce qu’on impose au public, tu ne vas pas  renâcler devant un livre qui te surprend... » Etienne Davodeau se fait grand reporter, et il se fait manoeuvre pour mieux ressentir le sens de cette vie au milieu des vignes. La bédéréalité a braiment une toute autre saveur que la téléréalité. Rien à voir. Les ignorants est un crû sincère et savoureux.

Les ignorants, Etienne Davodeau, Futuropolis, 270p., 24,50 €. 

vendredi 3 février 2012

La laïcité et la Constitution

François Hollande a proposé d'inclure les principaux articles de la loi de 1905 dans la Constitution. Réaction.

En 1946, la laïcité a été introduite dans le préambule de la Constitution à l'initiative du député communiste Etienne Fajon. Depuis lors, il est ainsi clairement établi que nous vivons dans « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » ; le principe est constitutionnalisé.  
Tout ce que Nicolas Sarkozy a fait pour tordre le principe de laïcité et le raccrocher à son « identité nationale » est déjà contraire à la Constitution. Vouloir aujourd'hui y inclure tel ou tel article de la loi de 1905, sortis de leur matrice, n'apportera rien de plus à nos Institutions, à fortiori s'il s'agit d'y inclure des restrictions liées au concordat encore en vigueur en Alsace-Moselle. Dans ces territoires, il convient à l'inverse d'ouvrir un débat avec la population pour évaluer et décider avec elle les évolutions possibles afin d'aller vers une plus grande séparation des Églises et de l'État.  
Si l'on voulait affirmer ce principe de laïcité dans des textes fondamentaux où il ne figure pas, il faudrait plutôt aller chercher les traités européens et proposer d'y inclure clairement comme principe l'indépendance des Institutions européennes à l'égard de tout pouvoir religieux. Et travailler à une plus grande égalité de droits sociaux, politiques et humains dans notre pays comme à l'échelle européenne, sur le principe du mieux-disant.

jeudi 2 février 2012

Avec les marins

Depuis plusieurs jours, les marins du "Corse", navire de la SNCM sont en grève pour protester contre l'ouverture d'une ligne depuis Toulon en dehors de toute délégation de service public par la compagnie et exiger une redéfinition claire des cadres de la continuité territoriale. L'épisode de Seafrance devrait suffire à ce que l'Etat prenne au sérieux les alertes qui sont lancées par les marins plutôt que de menacer de leur envoyer la troupe lorsqu'ils font valoir leur droit de grève. Le PCF et les élus communistes sont pleinement engagés pour la suppression de cette prétendue aide sociale aux passagers qui n'est qu'un racket organisé par les compagnies privées pour  faire une concurrence déloyale à la SNCM. Ils sont pleinement engagés aussi pour faire valoir l'usage du pavillon français et du droit qui l'accompagne dans les liaisons intérieures.